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Écrans

Écrans : comment poser des limites sans déclencher la guerre

Par Candice Anzel · 7 min de lecture

« Encore cinq minutes ! » Vous avez dit oui il y a vingt minutes. Maintenant vous dites non, et c’est l’explosion. Si chaque arrêt d’écran tourne au bras de fer, rassurez-vous : ce n’est ni un problème d’éducation, ni un problème de caractère. C’est un problème de cerveau.

Pourquoi c’est si dur de lâcher un écran

Les jeux vidéo, les vidéos courtes et les réseaux sociaux sont conçus pour capter l’attention le plus longtemps possible. Chaque niveau gagné, chaque nouvelle vidéo, chaque « like » procure une petite dose de plaisir. Le cerveau en redemande.

Et il n’y a jamais de fin naturelle : pas de dernière page, pas de générique. C’est à l’enfant de s’arrêter de lui-même… alors que la partie de son cerveau qui permet de se freiner est justement celle qui mûrit le plus tard.

Demander à un enfant d’arrêter seul un écran, c’est un peu comme lui demander de ne manger qu’un seul bonbon dans un paquet ouvert posé devant lui. C’est possible, mais c’est très difficile. Il a besoin que l’adulte l’aide à le faire.

Les signes qui méritent votre attention

  • Des colères très intenses à chaque arrêt, qui ne s’apaisent pas.
  • Le sommeil qui se décale ou qui diminue.
  • Le désintérêt pour les activités qu’il aimait avant (sport, copains, dehors).
  • Des résultats scolaires qui baissent.
  • L’écran utilisé pour fuir : dès qu’il y a un souci, une tristesse, un ennui.

Ce dernier point est important. Souvent, l’écran n’est pas le problème de départ : il vient apaiser quelque chose (un stress, une solitude, un sentiment d’échec). Si on enlève l’écran sans s’occuper de ce qu’il soulage, le problème se déplace.

6 règles pour poser un cadre qui tient

1. Des règles décidées à froid

Pas au moment où vous éteignez la console, mais lors d’un moment calme, en famille. Combien de temps, quand, où. Avec un ado, on négocie vraiment : il respectera beaucoup mieux une règle qu’il a contribué à construire.

2. Prévenir avant d’arrêter

« Dans dix minutes, on éteint. Termine ta partie. »

Un minuteur visible aide beaucoup : ce n’est plus vous qui dites stop, c’est le minuteur. Pour les jeux en ligne, sachez qu’on ne peut pas toujours mettre en pause : « finis ta partie, mais n’en lance pas d’autre » est plus réaliste.

3. Des zones et des moments sans écran

Le repas, la chambre la nuit, la première heure après le réveil, l’heure avant le coucher. Les téléphones et tablettes dorment dans le salon. C’est la règle la plus protectrice pour le sommeil.

4. Proposer autre chose

Un enfant à qui on enlève l’écran sans rien proposer s’ennuie, et l’ennui est vite insupportable. Prévoyez « l’après » : un jeu de société, aller dehors, cuisiner ensemble, un moment de lecture. Ce qui marche le mieux ? Une activité avec vous.

5. Accueillir la frustration sans céder

Votre enfant a le droit d’être en colère que l’écran s’arrête. Vous n’avez pas besoin qu’il soit d’accord.

« Je comprends que ce soit frustrant, tu étais bien dans ton jeu. Et c’est l’heure d’arrêter. »

Si vous cédez une fois sur dix, le cerveau de votre enfant retient une chose : « si je crie assez fort, ça peut marcher ». La constance est plus importante que la sévérité.

6. Montrer l’exemple (sans culpabiliser)

Nous sommes tous happés par nos téléphones. Il ne s’agit pas d’être parfait, mais cohérent : si le repas est sans écran, il l’est aussi pour les adultes. Et vous pouvez le dire : « Moi aussi j’ai du mal à lâcher mon téléphone, on s’entraîne ensemble. »

Avec un ado : intéressez-vous à ce qu’il fait sur ses écrans avant de le limiter. Demandez-lui de vous montrer son jeu, de vous expliquer pourquoi il aime ce créateur de contenu. Vous garderez le lien, et vous serez mieux placé pour repérer ce qui pose problème.

Quand faut-il s’inquiéter vraiment ?

Quand l’écran prend toute la place, que votre enfant ou votre ado ne parvient plus à s’en passer malgré vos règles, que son sommeil, ses résultats ou ses relations en pâtissent, ou que les conflits deviennent violents, il est temps de vous faire aider. Un accompagnement permet de comprendre ce que l’écran vient combler, et de construire d’autres façons d’y répondre, sans faire la morale et sans casser le lien.

J’en parlais aussi en vidéo

Ma chronique sur ce sujet dans l’émission La Quotidienne (SqoolTV).

Candice Anzel dans l’émission La Quotidienne (SqoolTV)

La vidéo ne se lance pas ? La regarder sur YouTube

Vous vous reconnaissez dans cette situation ?

Chaque enfant est différent. En séance, on part de votre situation pour trouver ce qui marche vraiment chez vous. Au cabinet du 17e ou en visio.

Vous hésitez sur ce qui freine votre enfant ? Faites le test en 3 minutes →

Candice Anzel, coach parentale et scolaire, hypnothérapeute et sophrologue à Paris 17e. Ancienne professeure des écoles, auteure (Flammarion, Marabout) et chroniqueuse TV. En savoir plus

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